Camille Bouchez : un œil sur les eaux souterraines

Entretien Ecologie et environnement [Journée internationale des droits des femmes 2022]
Camille BOUCHEZ

La surexploitation des réserves souterraines et le changement climatique exercent une pression toujours plus forte sur les ressources en eau et leur qualité. Physicienne adjointe au Conseil National des Astronomes et Physiciens (CNAP) et membre de l’Observatoire des sciences de l’Univers de Rennes (OSUR, CNRS/Institut Agro/INRAE/Université de Rennes 1/Université Rennes 2), Camille Bouchez, hébergée à Géosciences Rennes, scrute les cycles de l’eau et des éléments dissous dans les eaux souterraines. La chercheuse, qui allie l’hydrogéologie et la géochimie, nous présente ses travaux et sa vision de la place des femmes dans les sciences.

Un entretien à découvrir à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes 2022 et d’actions organisées en partenariat avec les membres de l’UNIR tout au long du mois de mars.

  • Quels sont vos sujets de recherche ?

Je travaille sur le couplage du cycle de l’eau et des cycles biogéochimiques en me focalisant sur la subsurface, c’est-à-dire la zone souterraine dans laquelle l’eau est transportée, redistribuée et où elle peut interagir avec les roches et les microorganismes qui y vivent. La subsurface forme un bio-géo-réacteur dont il faut comprendre le fonctionnement, déterminer les flux d’eau et d’éléments qui y transitent, et voir comment ils sont reliés aux environnements de surface. J’utilise et je développe le suivi de variables environnementales clés, des expériences de terrain et de la modélisation à différentes échelles. Parmi les traceurs environnementaux, je cible en particulier ceux (comme le 36Cl, le 14C ou les CFC) qui apportent des informations clés sur l’âge de l’eau, c’est-à-dire le temps depuis lequel elle transite en subsurface. En effet, plus une eau est jeune et plus elle est renouvelée, mais aussi vulnérable aux variations climatiques et aux sécheresses. Une eau ancienne, beaucoup moins renouvelée, sera par contre plus sensible à la surexploitation.

 

  • Quel regard portez-vous sur la place des femmes dans votre discipline ?

Il y a très peu de femmes en hydrologie et en géologie. Nous ne sommes que deux dans mon équipe et tous les responsables sont des hommes. C’était pareil quand je préparais ma thèse et ce manque de « role models » n’aide pas à se projeter dans une carrière académique. Je connais bien sûr des femmes qui ont des responsabilités et font de la super recherche, mais il n’y en a pas beaucoup.

 

  • Durant vos études et votre parcours, avez-vous été confrontée à des difficultés en tant que femme ?

Oui. Même si c’est difficile de savoir si c’était vrai ou non, j’ai parfois eu l’impression de ne pas être considérée de la même manière. À niveau égal, un homme est souvent perçu comme plus fiable, en particulier pour le terrain, les analyses sur de grosses machines ou la programmation.

 

  • Quel serait votre message à destination des jeunes générations ?

Ça m’a fait beaucoup de bien qu’on me le dise, alors je le répète ici. Il faut évidemment persévérer, car il n’y a aucune raison que l’on soit moins capables que les hommes. Je ne pense pas être entourée d’individus qui considèrent que les hommes sont supérieurs aux femmes, mais la persistance d’un biais de perception doit être reconnue. Au laboratoire, un collègue masculin avait fait circuler une publication montrant que, même chez les gens de bonne volonté, ce biais existait lors des recrutements.

Il faut admettre ces difficultés et ne pas hésiter à en parler, je sais que ça m’a beaucoup aidé. Dans le milieu très compétitif de la recherche, les femmes doivent aussi se méfier de l’autocensure, bien trop présente et intériorisée. Nous devons nous accrocher, car je pense sincèrement qu’il y a besoin de plus de femmes de sciences.