Combien de temps une racine orogénique peut-elle rester partiellement fondue ?

Des chercheurs de trois laboratoires français, dont Marc Poujol (Géosciences Rennes), ainsi que des géologues du Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, ont mis en évidence que sous le plateau orogénique de la Province protérozoïque de Grenville (Canada), similaire à celui du Tibet, la croûte continentale peut rester partiellement fondue pendant plus de 70 millions d’années (Ma), et même demeurer à plus de 450-500°C pendant plus de 110 Ma.

Article Terra Nova Marc Poujol 2018

De telles durées ont pu être estimées grâce à une approche combinant observations de terrain et pétrochronologie de la monazite et de l’apatite et ouvrent de nouvelles perspectives sur l’évolution thermique et mécanique des orogènes. L'article est paru dans la revue Terra Nova en avril 2018. Turlin, F., Deruy, C., Eglinger, A., Vanderhaeghe, O., André-Mayer, A.-S., Poujol, M., Moukhsil, A., Solgadi, F. (sous presse). A 70 Ma record of suprasolidus conditions in the large, hot, long-duration Grenville Orogen. Terra Nova. DOI : 10.1111/ter.12330

Turlin et al. (2018) Terra Nova - Diagramme d'évolution temps versus température pour les paragneiss alumineux provenant du segment crustal de moyenne-pression de la ceinture allochtone de la Province de Grenvile centrale (Canada). L’étude de ces sédiments montre que les monazites des leucosomes ont cristallisé en conditions suprasolidus, d’abord au cours de l’augmentation des conditions P-T (trajet prograde) entre environ 1080 et 1050 Ma puis de leur diminution (trajet rétrograde) jusqu’à environ 1020 Ma. Ainsi, les conditions suprasolidus sont enregistrées dans ces sédiments, et sans refroidissement/réchauffement intermédiaire, pendant au moins 70 Ma. Les apatites de ces leucosomes, dont les températures de fermeture ont été calculé à 450-550°C ont cristallisé à l’équilibre avec le liquide à 960±10 Ma. L’absence de déformation antérieure à leur cristallisation démontre le refroidissement constant des sédiments entre 1070 et 960 Ma et témoigne de températures supérieures à 450°C pendant au moins 110 Ma. - © Marc Poujol

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