Maria Klepikova : explorer les fractures du sous-sol pour l’eau et la géothermie

Entretien Ecologie et environnement
Maria Klepikova

L’exploitation du sous-sol ne concerne pas que l’industrie minière, on y retrouve en effet de l’eau et de la chaleur pour alimenter des systèmes géothermiques. Mais creuser aussi profondément sous terre demande de bien connaître les propriétés des roches fracturées, dans lesquels l’eau et la chaleur circulent. Maria Klepikova, chargée de recherche CNRS à Géosciences Rennes (CNRS/Université Rennes 1) au sein de l'OSUR1 , s’est spécialisée dans l’imagerie et la modélisation de ces milieux afin d’approfondir leur compréhension physique.

Un entretien à découvrir à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes 2022 et d’actions organisées en partenariat avec les membres de l’UNIR tout au long du mois de mars.

  • Quelles sont vos activités de recherche ?

J’étudie les transferts d’eau et d’énergie dans la subsurface, dans des milieux hétérogènes, poreux et fracturés. Cela concerne, par exemple, la géothermie, qui récupère la chaleur du sous-sol pour la convertir en énergie. On fait pour cela deux forages : on injecte de l’eau froide dans le premier, puis on la pompe par le second. L’eau qui remonte se situe entre 120 et 150 degrés, car la température augmente de deux à trois degrés tous les cent mètres de profondeur.

J’ai par exemple travaillé en Suisse sur un projet pilote de géothermie profonde, notamment pour comprendre comment éviter de provoquer de petits séismes en allant aussi loin sous la surface. Je développe pour cela de nouvelles techniques d’imagerie du sous-sol, à l’aide de fibres optiques et du traçage de la chaleur et des molécules dissoutes dans l’eau des profondeurs.

Avec mon collègue Olivier Bour, j’ai également mené le projet THERM pour améliorer les modèles de circulation de la chaleur dans les milieux souterrains fracturés. Nous avons étudié la géométrie de ces fractures pour voir comment la forme et la taille de leurs parois influencent les échanges de température.

 

  • Quel regard portez-vous sur la place des femmes dans votre discipline ?

Nous sommes clairement encore sous-représentées, même si je trouve que la situation est plutôt bonne en France. Beaucoup d’efforts ont été réalisés ces dernières années par le CNRS et au niveau européen, mais ce n’est pas partout le cas.

Je constate aussi que les doctorantes et les doctorants sont à la parité, voire qu’il y a un peu plus de filles que de garçons. Mais ensuite, le nombre de femmes diminue lorsqu’on avance en âge et qu’on monte en grade au niveau des postes de chercheurs permanents. Il faudrait encourager le changement aux plus hauts niveaux, et établir des actions ciblées pour que les jeunes femmes continuent dans la recherche après leur thèse.

Les raisons de ce déséquilibre tiennent souvent à la vie de famille, car l’âge auquel on construit sa carrière est aussi celui où l’on a des enfants. Les chercheuses et les chercheurs subissent également une pression pour publier le plus possible, un surplus d’activité qui ne facilite pas les choses.

 

  • Quel est votre message à destination des jeunes générations ?

J’encourage toutes celles et ceux qui aiment la recherche à tenter leur chance. C’est un métier comme un autre et il ne faut pas avoir peur de s’y frotter, même si ce n’est pas toujours facile d’obtenir un poste permanent. Et aux jeunes femmes, je tiens à leur dire que fonder une famille peut sembler poser problème pour finir sa thèse et partir dans des laboratoires à l’étranger, mais qu’on peut concilier les deux avec des superviseurs compréhensifs et le soutien de la famille.