Rivières2070 : lauréat de l’appel à projet 80|Prime dans le cadre des 80 ans du CNRS

Soumis par Isabelle Dubigeon le mer 26/08/2020 - 14:14
Une nouvelle approche des rivières : prospective à 50 ans au croisement des dynamiques naturelles et anthropiques
Rivieres 2070

Dans le cadre des 80 ans du CNRS, la Mission pour les initiatives transverses et interdisciplinaires (MITI) vient d’annoncer en mars 2019 les 80 lauréats de l’appel à projet 80|Prime destiné à soutenir et renforcer l’interdisciplinarité entre instituts du CNRS. Le projet porté par Laurent Longuevergne (chercheur à Géosciences Rennes, INSU) et Véronique Van Tilbeurgh (ESO Rennes, INSHS, professeure à l’université de Rennes 2) a été retenu.


Rivières 2070 propose une nouvelle vision des rivières par une approche intégrée de leurs dynamiques naturelles et anthropiques, considérant le lien indissociable entre l’évolution de nos rivières et la question des ressources en eau, notamment dans la perspective des changements climatiques à venir. Il est ainsi nécessaire de repenser les systèmes de gestion de la ressource en eau et de co-construire avec les différents acteurs des outils d’adaptation partagés. Rivière2070 a donc pour ambition de développer des expériences numériques pour représenter virtuellement les futurs probables des paysages usuels (notamment rivière et ripisylve) tels qu’ils sont décrits dans des simulations de transfert d’eau.

Les objectifs sont doubles :
(1) définir si les politiques et outils de gestion de la ressource en eau restent pérennes avec la variabilité climatique et les attentes des populations ;
(2) scénariser les changements pour que les acteurs (scientifiques, politiques, gestionnaires de l’eau au sens large, citoyens) puissent partager leurs connaissances, se projeter et réagir dans la perspective de prise de décisions. Il s’agit donc ainsi de poser les premières briques de la réalité virtuelle comme outils de la gouvernance environnementale, voire « d’intelligence environnementale » collective.


Un projet expérimental qui couple virtuel et réalité, données qualitatives et quantitatives, facteurs physiques et sociaux

L’enjeu du projet Rivières2070 réside dans le couplage des formes de modélisation issues de plusieurs disciplines, allant des sciences physiques et naturelles aux sciences sociales. Les connaissances scientifiques mobilisées dans ces expériences numériques de scénarisation s’appuient sur notre compréhension des contrôles climatiques, écologiques et socio-économiques, qu'il faut ensuite intégrer dans des modèles numériques représentant les divers chemins de l'eau connectant versant, aquifère et rivière. Il s’agit notamment de créer une base de connaissance virtuelle des ouvrages et de tester leurs sensibilités aux pressions climatiques et la résilience qu’ils offrent. Ces scénarisations scientifiques ambitionnent d’intégrer et donc de s’enrichir par les connaissances des autres parties-prenantes afin d’enraciner les simulations prédictives dans les expériences sensibles et inductives des milieux et dans les territoires.

Si ces approches de modélisation intégrant l’ensemble des aspects de la gouvernance se développent à l’échelle globale (on pense notamment aux travaux du GIEC), l’originalité de ce projet s’appuie sur l’ancrage au plus près des sociétés locales, de leurs intérêts, de leurs relations aux milieux et sur la représentation de l’avenir des paysages usuels tels qu’ils seront décrits dans les simulations numériques (notamment rivière et ripisylve). Ainsi, les simulations réalisées seront « fondues » dans des données 3D de haute résolution spatiale qui permettent de décrire les paysages avec un réalisme inégalé (voir les illustrations ci-dessous).

Ces paysages numériques virtuels évolueront avec les simulations pour représenter l’impact probable des politiques de gestion sous contrainte climatique (évènements extrêmes sur les débits, éventuellement de stress hydrique sur la végétation etc.). Pour ce faire, les scientifiques s’appuieront sur le lidar topo-bathymétrique Nantes-Rennes, outil spécialisé dans la numérisation de tous les éléments constitutifs des corridors fluviaux (sol, bathymétrie végétation, connectivité hydraulique, infrastructures…). Ces nouveaux outils de scénarisation des avenirs probables permettront de réduire l’incertitude de la décision (politique, de gestion) tout en conservant, en partie, la complexité des enjeux qu’elle soulève. Pour cela, une attention particulière sera portée à la prise en compte des éventuelles tensions que les décisions créeront en termes de conflits d’usage et de choix politiques.

 

>>> Pour en savoir plus, voir sur le site de l'OSUR

Isabelle Dubigeon
mer 26/08/2020 - 14:24