Séminaire de Sébastien LÉNARD, CRPG, Vandoeuvre-les-Nancy

(Faible ?) forçage climatique des taux d'érosion dans l'Himalaya

Séminaire de Sébastien LÉNARD, 2019

Résumé

La communauté des sciences de la Terre est actuellement animée d'un intense débat sur la réalité d'un forçage climatique de l'érosion au Cénozoïque tardif. Cette hypothèse postule que le passage aux glaciations de l'hémisphère Nord a provoqué une augmentation globale et substantielle des taux d'érosion. Cependant, les approximations classiques des taux d'érosion donnent des résultats contradictoires, et une controverse passionnée sur les biais de chaque approximation en a émergé.
Pour répondre à cette controverse, je me concentre sur l'Himalaya central et oriental, et je quantie les taux de paléoérosion régionaux avec une approche indépendante basée sur les isotopes cosmogéniques. Les isotopes cosmogéniques tels que le 10Be sont produits par les rayons cosmiques dans les minéraux proches de la surface de la Terre, selon une relation avec la profondeur qui dépend en partie des taux d'érosion et de l'altitude. Pour les deux archives détritiques que j'ai choisies, l'une composée de turbidites du cône du Bengale et l'autre composée de sections molassiques des Siwaliks, la paléoconcentration en 10Be présente une tendance plutôt stable en moyenne, avec une variabilité occasionnellement substantielle.
Après une vérication de l'évolution des bassins versants correspondant à chaque archive avec une étude de provenance isotopique en Sr-Nd, mes travaux révèlent la stabilité des taux d'érosion régionale, en contradiction à l'échelle globale avec les bilans sédimentaires et la thermochronométrie in situ, mais en accord avec l'enregistrement 10Be/9Be de l'eau de mer. Étant donné que l'Himalaya est un important contributeur de sédiments sur Terre, mes résultats rendent moins acceptable l'hypothèse d'un impact global et substantiel du changement climatique sur les taux d'érosion et suggèrent que l'érosion des chaînes de montagnes actives est moins sensible aux variations climatiques que celle des montagnes éteintes, du moins à basse latitude.