Soutenance de thèse de Jean-Pierre PONTE

La marge africaine du canal du Mozambique (le système turbiditique du Zambèze) : une approche "Source to Sink" au Méso - Cénozoïque

Résumé

Le système Zambèze localisé sur le versant est de l'Afrique est caractérisé par un système turbiditique de très grande dimension (x 100 km) et est associé à terre au troisième plus grand bassin versant d'Afrique (1 320 000 km2) après ceux du Nil et du Congo.
A ce jour, peu d'études ont porté sur l'évolution du système terre - mer depuis le bassin versant en érosion jusqu'au bassin en sédimentation. Ce travail repose donc sur une double approche avec :
[1] une analyse géomorphologique des formes du relief (surfaces d'aplanissements) à terre, basée sur leur (i) cartographie, (ii) chronologie relative, (iii) relation avec les prols d'altération et (iv) datation au moyen des placages sédimentaires et du volcanisme datés qui les fossilisent ;
[2] une analyse stratigraphique basée sur l'interprétation de nouvelles données de sub-surface (lignes sismiques et puits) réévaluées en âge (biostratigraphie), dans le but de (i) identier, dater et carter les déformations enregistrées et reconstituer par intervalle de temps l'évolution paléogéographique de la marge (environnements sédimentaires) ; (ii) quantier les flux silicoclastiques, produits de l'érosion continentale.
Un modèle d'âge des sédiments a été obtenu en combinant les données biostratigraphiques (foraminifères planctoniques et nannofossiles), et en réalisant une étude orbito-stratigraphique basée sur la corrélation des limites de séquences observées sur un profil sismique avec les cycles d'eccentricité terrestre depuis 50 Ma.

L'évolution du système Zambèze intégrant à la fois le domaine en érosion et le milieu en sédimentation peut être défini tel que suit :
[1] socle - toit Cénomanien (155 - 94 Ma) : mise en place d'un système deltaïque progradant à faible pente (rampe) jusqu'à l'Aptien suivit par un passage progressif depuis un système
proggradant - aggrandant vers un système transgressif avec un maximum d'inondation au toit du Cénomanien ;
[2] toit Cénomanien - toit Crétacé (94 - 66 Ma) : progradation de la marge avec à terre le premier épisode de croissance du Plateau sud-africain entraînant la modication du système de drainage et la flexure du plateau Zimbabwéen. Initiation de la circulation océanique profonde ;
[3] toit Crétacé - toit Eocène (66 - 36 Ma) : période d'apparente non déformation. Le relief est fossilisé et intensément altéré (latérites). Transition depuis un système clastique vers un système carbonaté au cours de deux transgressions à la limite Paléocène - Eocène et à l'Yprésien ;
[4] toit Eocène - actuel (36 - 0 Ma) : retour à un système clastique et mise en place du système deltaïque et turbiditique actuel. Second épisode de croissance du Plateau sud-africain et croissance du Rift est-africain entraînant plusieurs réorganisation de drainages dont une majeure au Pléistocène.